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Trotsky : La famille et les rites

 
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MessagePosté le: Mer 26 Juil - 07:14 (2006)    Sujet du message: Trotsky : La famille et les rites Répondre en citant

Léon Trotsky : Les questions du mode de vie (1923)

Chapitre 7 : La famille et les rites

Il y a trois moments fondamentaux, rituels dans la vie de l'homme et de la famille, par lesquels l'Eglise enchaîne l'ouvrier, même incroyant ou peu croyant : la naissance, le mariage et la mort. Le gouvernement ouvrier s'est détourné du rituel de l'Eglise ; il a expliqué aux citoyens qu'ils avaient le droit de naître, de se marier et de mourir sans recourir aux gestes ni aux incantations magiques de ces gens habillés de soutanes ou d'autres vêtements sacerdotaux. Mais le mode de vie a beaucoup plus de difficulté à se défaire des rites que le gouvernement. La vie des travailleurs est trop monotone (trop uniforme) et sa monotonie même épuise le système nerveux. D'où le besoin d'alcool : une petite bouteille renferme tout un monde d'images. D'où le besoin de l'Eglise avec son rituel. Comment célébrer un mariage ou une naissance dans la famille ? Comment rendre hommage à un proche qui vient de mourir ? C'est sur ce besoin de souligner, de célébrer, d'embellir les étapes principales de la vie que s'appuie le rituel de l'Eglise.

Que lui opposer ? Bien sûr, nous opposons aux superstitions qui forment la base du rituel la critique marxiste, une relation objective à la nature et à ses forces. Mais cette propagande scientifique et critique ne résout pas le problème : tout d'abord elle n'atteint encore et n'atteindra pendant assez longtemps qu'une minorité de gens; en second lieu, cette minorité elle-même ressent le besoin d'embellir, d'élever, d'ennoblir sa vie personnelle, du moins aux moments les plus importants.

l'Etat ouvrier possède déjà ses fêtes, ses processions, ses revues, ses parades, ses spectacles symboliques, sa théâtralité. Il est vrai que cette théâtralité rappelle beaucoup celle d'autrefois, qu'elle l'imite, et qu'elle en est en partie une continuation directe. Mais l'essentiel de la symbolique révolutionnaire est nouveau, clair et puissant : le drapeau rouge, la faucille et le marteau, l'étoile rouge, l'ouvrier et le paysan, le camarade, l'Internationale. Or, dans la cellule familiale repliée sur elle-même, cette nouveauté est pratiquement inexistante, en tout cas elle est insuffisante. Cependant, la vie de l'individu est étroitement liée à sa vie familiale. C'est ce qui explique que dans la famille les éléments les plus conservateurs prennent souvent le dessus dans les rapports quotidiens; on conserve les icônes, on maintient le baptême, les funérailles religieuses, car les éléments révolutionnaires de la famille n'ont rien à leur opposer. Les arguments théoriques n'agissent que sur l'esprit, tandis que le rituel théâtral agit sur les sentiments et sur l'imagination; son influence est par conséquent beaucoup plus grande. C'est pourquoi, dans le milieu communiste lui-même, il est nécessaire d'opposer à cet ancien rituel des formes nouvelles, une symbolique nouvelle, non seulement au niveau officiel où elles sont déjà largement implantées, mais aussi au niveau de la famille. Il y a parmi les ouvriers une tendance à célébrer la naissance et non la fête du saint, et à donner au nouveau-né non pas le nom d'un saint, mais un prénom nouveau qui symbolise des faits, des événements ou des idées qui leur sont proches. Lors de l'assemblée des agitateurs moscovites, j'ai appris pour la première fois que, pour les filles, le prénom d'Octobre était très populaire. On a cité aussi Ninel (Lénine à l'envers), Rep (Révolution, Electrification, Paix [1] ). Pour montrer qu'on est lié à la révolution, on prénomme les enfants Vladimir, Ilitch et même Lenine (employé comme prénom), Rosa (en souvenir de Luxemburg), etc. Dans certains cas une naissance est marquée par un rite facétieux : le nouveau-né est "examiné " par le comité d'usine, puis on rédige une "résolution" dans laquelle on reconnaît que le nouveau-né fait partie des citoyens de l’U.R.S.S. Après, quoi, on passe à table.

Quelquefois, dans les familles ouvrières, l'entrée d'un enfant à l'école est aussi l'occasion d'une fête. C'est un événement très important, car il est lié au choix d'une profession, d'une ligne de vie. Le syndicat peut ici intervenir à bon escient. Dans l'ensemble, ce seront sans doute plus précisément les syndicats qui occuperont une place de choix dans la création et l'organisation des formes du nouveau mode de vie. Les confréries du moyen âge étaient puissantes justement parce qu'elles englobaient la vie de l'élève, de l'apprenti, du maître. Elles s'occupaient de l'enfant dès sa naissance, l'accompagnaient à la porte de l'école, le menaient devant l'autel le jour de son mariage, et l'enterraient lorsqu'il avait accompli sa mission. Les confréries ne se limitaient pas seulement à réunir les gens d'un même métier; elles organisaient tout le mode de vie. C'est vraisemblablement dans ce sens que se développera l'activité de nos syndicats, à cette différence près, bien sûr, que le nouveau mode de vie, à l'opposé du mode de vie du moyen âge, sera totalement libéré de l'Eglise et de ses superstitions, et qu'il sera fondé sur le désir d'utiliser chaque conquête scientifique et technique pour enrichir et embellir la vie de l'homme. Le mariage se passe plus facilement de cérémonie. Bien qu'ici même il y ait eu beaucoup de "malentendus" et d'exclusions du parti par suite de mariages célébrés à l'église. Le mode de vie à du mal à se faire à un mariage tout simple, que n'embellit aucune théâtralité.

Mais c'est l'enterrement qui présente des difficultés beaucoup plus grandes. Porter en terre un mort pour lequel un office n'a pas été dit est aussi inhabituel, étrange et honteux, que d'élever un enfant qui n'a pas été baptisé. Dans le cas où les funérailles, en raison de la personnalité du défunt, ont une signification politique, un nouveau rituel apparaît, théâtral, imprégné de symbolique révolutionnaire . il y a des drapeaux rouges, on joue une marche funèbre révolutionnaire, on tire une salve en signe d'adieu. Quelques participants de l'assemblée de Moscou ont souligné l'importance de l'incinération et ont proposé que, pour l'exemple, on commence par incinérer les corps des révolutionnaires éminents, ce qui serait justement un puissant moyen de lutte antireligieuse. Mais l'incinération, à laquelle il serait temps de recourir, ne signifie pas que l'on abandonne les processions, les discours, les marches funèbres et les salves. Le besoin d'exprimer ses sentiments est un besoin puissant et légitime.

Si, dans le passé, la théâtralité du mode de vie était étroitement liée à l'Eglise, cela ne signifie nullement, comme on l'a déjà dit, qu'il soit impossible de les dissocier. La séparation du théâtre et de l'Eglise s'est faite bien avant celle de l'Eglise et de l'Etat. Dans les premiers temps, l'Eglise a lutté contre le théâtre " public", car elle y voyait avec raison un dangereux concurrent pour ses mises en scène. Le théâtre a survécu, mais comme un spectacle spécial, enfermé entre quatre murs. Et dans la vie quotidienne, l'Eglise a conservé comme autrefois le monopole des mises en scène. Quelques sociétés "secrètes ", comme celle des francs-maçons, lui ont fait concurrence. Mais elles étaient elles-mêmes totalement imprégnées d'une bondieuserie mondaine. Il est possible de créer un "rituel " révolutionnaire au niveau du mode de vie (nous utilisons le mot "rituel" à défaut d'un terme plus adéquat), et d'opposer ce rituel à celui de l'Eglise, non seulement en ce qui concerne les événements à caractère collectif, mais aussi familial. Dès à présent, un orchestre qui interprète une marche funèbre peut bien souvent faire concurrence à un office religieux. Et nous devons bien sûr utiliser cet orchestre pour lutter contre le rituel de l'Eglise fondé sur une croyance servile en un autre monde, un monde où il vous sera rendu au centuple pour le mal et la médiocrité du monde terrestre. Le cinéma nous sera encore plus utile.

Ce mode de vie, cette théâtralité d'un genre nouveau ne se développeront que parallèlement au développement de l'alphabétisation et du bien-être matériel. Nous avons toutes les raisons d'observer ce mécanisme avec la plus grande attention. Il ne peut bien sûr être question d'une intervention contraignante venue d'en haut, c'est-à-dire d'une bureaucratisation des phénomènes nouveaux du mode de vie. Seule la création collective des larges masses, aidée par la fantaisie, par l'imagination créatrice, par l'initiative des artistes, peut progressivement, au cours des années et des décennies à venir, nous mener sur la voie de formes de vie nouvelles, spiritualisées, ennoblies, imprégnées de théâtralité collective. Cependant, sans réglementer ce processus créatif, il faut, dès maintenant et par tous les moyens, l'aider à se développer. Et pour cela, il est nécessaire avant tout de faire recouvrer la vue à cet aveugle qu'est le mode de vie. il faut étudier attentivement tout ce qui se passe dans la famille ouvrière, dans la famille soviétique en général. Chaque nouveauté, chaque embryon, ou même chaque allusion à ces formes nouvelles doit être mentionnée dans la presse, porté à la connaissance de tous, afin d'éveiller la fantaisie et l'intérêt et de donner ainsi une impulsion à la création collective d'un nouveau mode de vie.

Cette tâche échoue avant tout au komsomol. Ce que l'on aura imaginé ou entrepris n'aboutira pas obligatoirement. Quel mal y a-t-il à cela ? Les choix se feront au fur et à mesure. La vie nouvelle engendrera les formes qui lui conviennent. Et au total, elle sera plus riche, meilleure, plus vaste, plus belle, plus éclatante. Et c'est bien là tout le fond du problème.
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Notes

[1] En russe : Rein "revolucija, elektrifikacija, mir". (Note du traducteur).
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MessagePosté le: Mer 26 Juil - 07:14 (2006)    Sujet du message: Publicité

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