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Chantiers, "chapitres" et bâtisseurs + Honnecourt

 
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MessagePosté le: Dim 3 Déc - 06:19 (2006)    Sujet du message: Chantiers, "chapitres" et bâtisseurs + Honnecourt Répondre en citant

Chantiers et bâtisseurs


NOTE : On a dit beaucoup de choses – entre autres : “Les moines bâtisseurs de cathédrales et la corporation des maçons reçurent des franchises du pape Nicolas III en 1277, d’où leur nom de Franc-maçons. Ce fut la franc maçonnerie opérative.” J'ai eu beau chercher une bulle pontificale à ce sujet, je n'ai rien trouvé...

Avant de partager un document sur Honnecourt, je tiens à ajouter quelques courts extraits d'un article sur la tradition médiévale des bâtisseurs. À ce que je comprends, le mot "chapître" pouvait être synonyme de "loge" de chantier. Si cela a un intérêt, c'est à cause de la première « luge » à l’Abbaye de Kilwinning en Écosse (vers 1140) , qui aurait été située dans la salle du chapître, ce qu'indiqueraient les marques de maçons/tâcherons de diverses époques qu'on y trouve. Normalement, la salle du chapitre est réservée uniquement aux moines (ou chanoines) "réguliers", c'est-à-dire obéissant à la Règle de vie de leur ordre religieux. À Kilwinning, il n’y avait ni chanoine ni laîque ni frère convers – que des moines « réguliers » de l'Ordre de Tiron.


***

http://archives.arte-tv.com/thema/cathedrales/ftext/contenu/02/02.html

Le chapître des décideurs

"Le chapitre désigne l'ensemble des chanoines (et des laïcs) chargés de la gestion du chantier de la cathédrale. Les chanoines sont des prêtres réguliers vivant de "prébendes", revenus provenant du patrimoine mobilier et immobilier de l'église. Les chanoines sont titulaires de stalles dans le sanctuaire central autour de l'autel de la cathédrale, appelé jubé, autrefois réservé à la seule juridiction de l'évêque et au seul culte des chanoines. Il était fermé au public. Mais celui-ci pouvait déambuler librement tout autour, en empruntant le déambulatoire."

(…)

"C'est l'évêque qui décide de construire la cathédrale et qui en est le principal financier. C'est lui qui choisit l'architecte et accepte ou non son projet. Il est le maître d'ouvrage.

Les architectes, ou maîtres d’œuvre, des premières cathédrales gothiques sont inconnus. Certains étaient sans doute des moines bâtisseurs expérimentés. Mais très vite ce sont des laïcs, des professionnels, qu'on s'arrache, qui transmettent leur savoir, parfois de père en fils. Il n'y aurait pas eu de cathédrales sans la frénésie de construction de l'époque romane."

***

Les cathédrales et Villard de Honnecourt
http://classes.bnf.fr/villard/reperes/index5.htm

Chantiers et bâtisseurs - Maître d'ouvrage et maître d'œuvre

Le lien entre la personne qui commande la construction d'un ouvrage et en garantit le financement - le maître d'ouvrage - et celle à qui il donne la charge de concevoir, d'expliquer et de contrôler la réalisation de cet ouvrage - le maître d'œuvre - est à l'origine fondé sur la confiance. Puis les contrats entre maître d'ouvrage et maître d'œuvre se répandent dans le courant du XIIIe siècle.

Le rôle du commanditaire est déterminant. La mort de Suger en 1151 stoppe la reconstruction de l'abbatiale de Saint-Denis et il faut attendre quatre-vingts ans pour voir de nouveau le chantier s'activer. Le rapport entre les deux protagonistes évolue au cours de la période du gothique.

À partir du XIIe siècle, les édifices religieux devenant de plus en plus importants demandent de grandes compétences. Des gens de métier, laïcs, de plus en plus rarement des religieux sortis du rang, remarqués pour leur expérience, leur culture et leur capacité à organiser des chantiers, sont chargés de concevoir ces édifices et d'en diriger la construction. À une époque où les différents corps d'état sont encore peu nombreux et moins spécialisés, un homme expérimenté pouvait, plus facilement que maintenant, concevoir un édifice complexe et en coordonner le chantier. Villard est peut-être un de ces bâtisseurs. Des compétences qui s'apparentent à celles des architectes contemporains sont de plus en plus courantes. Mais les prouesses des maîtres d'œuvre et leur renommée soudaine attisent les jalousies, en particulier celle du maître d'ouvrage. Quelles traces ont laissé les maîtres d'œuvre de l'abbé Suger ? Les "architectes" de la période du gothique primitif ne sont pas passés à la postérité même si leur talent est reconnu.

Le maître d'œuvre se fait un nom

Au moment de l'apogée du gothique, les maîtres d'œuvre accèdent à un statut social important. Leur enrichissement personnel, leur renommée, leur titre "universitaire" - l'épitaphe de Pierre de Montreuil indique qu'il fut "en son vivant docteur ès pierre" - en exaspèrent plus d'un. Le prédicateur Nicolas de Biard les critique dans un sermon prononcé en 1261 : "Dans ces grands édifices, il a accoutumé d'avoir un maître principal qui les ordonne seulement par la parole et n'y met que rarement la main, et cependant reçoit des salaires plus considérables que les autres." Le maître d'œuvre s'éloigne de toute activité manuelle. Il conçoit les plans et fixe les devis.

Les grands maîtres d'œuvre du gothique sont Jean de Chelles, Pierre de Montreuil, l'un des bâtisseurs de Notre-Dame de Paris, Robert de Coucy, Peter Palet, Hugues Libergié, Alexandre et Colin de Berneval. Ce sont des artistes, des savants et des spécialistes des questions techniques. Ils sont capables de défier les forces et les poussées, de les contrôler pour élever toujours plus haut des édifices à la gloire de Dieu. Ils offrent le spectacle de constructions extraordinaires éblouissant leurs contemporains.

Des inscriptions dans la pierre

À l'intérieur même de la cathédrale, le labyrinthe est parfois le moyen de connaître le nom des maîtres d'œuvre. Une gravure qui représente le labyrinthe de la cathédrale de Reims aujourd'hui disparu en figure quatre : Jean d'Orbais, qui édifie le chœur en 1211, est représenté en haut à droite ; Jean le Loup, qui l'achève et entreprend la façade, est représenté en haut à gauche, tenant une équerre ; Gaucher de Reims et Bernard de Soissons, qui édifie la grande rose de la façade ouest, sont représentés en bas. Non loin de là, dans l'église Saint-Nicaise, à présent détruite, un autre grand bâtisseur reposait dans l'édifice qu'il avait construit. Sur sa sépulture, on avait gravé : "Ci-gît Hue Libergié qui commença cette église en l'an 1229 et trespassa l'an 1267." Dans le soubassement du transept sud de Notre-Dame de Paris est gravé de manière notable le nom de Jean de Chelles : "Maître Jean de Chelles a commencé ce travail le 2 des ides du mois de février 1258."

Le maître d'ouvrage est de plus en plus suspicieux vis-à-vis du maître d'œuvre. La question de la paternité artistique commence à se poser. Des désaccords apparaissent.

Un art de "professionnels"

Le bilan des bâtisseurs du gothique est impressionnant, des dizaines de cathédrales, des centaines d'églises s'érigent alors. La construction d'une cathédrale rappelle la grande ferveur des bâtisseurs, leur enthousiasme et l'affirmation du pouvoir de l'Église au cœur de la ville. Des chantiers s'ouvrent en tous lieux et peuvent durer de nombreuses années. Ces chantiers voient la naissance d'une collaboration entre l'évêque, les chanoines et le maître d'œuvre. La construction est réservée à des techniciens compétents. Une hiérarchie stricte existe entre les métiers. Des sculpteurs, des tailleurs de pierre, des dessinateurs, des charpentiers, des menuisiers, des couvreurs, des maçons, des forgerons des verriers, des carriers... se retrouvent sur les chantiers. Le proviseur, choisi par le chapitre des chanoines pour diriger les travaux, acheter les matériaux et tenir les comptes, engage sur le chantier des ouvriers hautement qualifiés.

L'économie des matériaux

Les constructeurs gothiques étaient confrontés quotidiennement aux difficultés d'approvisionnement et de transport des matériaux nécessaires au chantier, que ce fût le bois, la pierre, la chaux, le fer ou le parchemin. Économiser les matériaux utilisés était par conséquent au centre des préoccupations des constructeurs et conditionnait, directement ou indirectement, leurs choix techniques.

Le bois

Au XIIIe siècle, la surexploitation des forêts, leur amenuisement rapide au profit de zones agricoles et la modification de leur composition, conséquences de la poussée démographique des XI-XIIe siècles, engendrent une pénurie du bois de construction. Les fréquents incendies qui, dans les villes comme dans les campagnes, affectent les bâtiments, ainsi que les réquisitions pour des besoins militaires, engins, fortifications, charrois, etc. augmentent encore la demande en bois d'œuvre. Les arbres d'un grand âge, qui pouvaient fournir des pièces de grosse section, étant devenus rares, les constructeurs sont conduits, dans toute la zone où naît le style gothique, à modifier le système de charpente utilisé jusqu'alors. Les fermes massives des combles de charpentes classiques, espacées de trois à cinq mètres, sont remplacées par des chevrons fermes. Les éléments de ces fermes légères, rapprochées de 60 à 90 centimètres, ont en outre l'avantage d'être plus aisément hissés depuis le sol et assemblés.

Face à la pénurie, les maisons de bois sont remplacées peu à peu dans les villes par des maisons en pierre, et on s'efforce tant pour les ouvrages permanents (charpentes, planchers...) que pour les ouvrages provisoires (échafaudages, cintres...) de construire aussi léger que possible. Villard donne dans son Carnet plusieurs procédés qui répondent à ce souci d'économie du bois d'œuvre.

Au sortir du XIIIe siècle, les forêts sur le territoire de la France actuelle ne couvrent plus que treize millions d'hectares, soit un million de moins que de nos jours.

La pierre

Le XIIIe siècle est une période où l'on rationalise l'utilisation des matériaux, et notamment de la pierre. Les carrières de pierre, tout particulièrement en Île-de-France et en Normandie, ne manquent pas. Mais on peut craindre une insuffisance de main-d'œuvre pour extraire et tailler les quantités considérables exigées par l'immense effort de construction d'églises.

Alors que les précédentes techniques romanes de construction ne visaient pas particulièrement à économiser la pierre, plusieurs techniques dans le système de construction gothique réduisent le volume de pierre nécessaire. C'est le cas de l'amincissement des voûtes et de l'agrandissement des baies extérieures grâce aux parois vitrées, qui se substituent à des masses de maçonnerie percées de rares ouvertures.
Par ailleurs, pour éviter de transporter des poids inutiles, se développe la taille à la carrière. Les carrières étant souvent éloignées des chantiers, on y envoie les tailleurs de pierre de l'œuvre, ou bien l'on passe commande aux tailleurs de pierre qui travaillent à proximité du lieu d'extraction s'ils sont suffisamment qualifiés. Ceci suppose l'emploi de modèles et de gabarits, reproductions grandeur nature, généralement en bois, des faces à tailler dans les blocs et des sections des éléments linéaires (nervures, colonnes, bandeaux, etc.). Pour éviter de multiplier les modèles, coûteux à établir, on s'efforce de standardiser les pierres chaque fois que possible.

On voit de ces gabarits et de ces modèles sur des miniatures et des vitraux de l'époque (vitrail de l'histoire de saint Chéron, cathédrale de Chartres).

Toute une organisation se met en place afin de réduire le coût global de la filière pierre de taille.

Le fer

Malgré le développement de la métallurgie depuis le XIe siècle sous l'impulsion des besoins militaires, le fer reste un métal rare dont on doit prendre grand soin. Tout un chapitre de la règle de saint Benoît est consacré à l'entretien des instruments en fer. Au XIIIe siècle, le fer est utilisé essentiellement dans les outils, fort peu dans les constructions où on évitait autant que possible les chaînages métalliques ainsi que les pièces de raccordement ou de renforcement en fer dans les charpentes. Le carnet de Villard montre uniquement des engins et des ouvrages en bois. Même les scies, hormis leurs lames, ne comportent aucune pièce métallique.

Le parchemin

C'est sur parchemin que sont dessinés les modèles en réduction, qu'il faut reproduire à l'échelle sur les aires à tracer ou sur les murs. Aussi les exécutants ont toujours ce modèle à disposition.

Le parchemin au XIIIe siècle est coûteux et précieux et on doit l'économiser. Il est fait d'une peau d'animal - mouton, chèvre, veau - tannée et poncée, dont les dimensions sont forcément limitées; on utilise donc les deux faces et on récupère des feuilles déjà utilisées dont on gratte les inscriptions devenues inutiles. On s'efforce aussi de réduire la taille des dessins et d'en mettre plusieurs sur la même feuille si cela ne présente pas d'inconvénients. Lorsque le parchemin est trop usé, on le traite pour en tirer de la colle.

Les tracés

Les tracés sont faits sur des aires en mortier de chaux ou en plâtre, coulées sur une surface plane, ou sont dessinés ou gravés sur des murs. Mais les surfaces dont on peut disposer pour cela, dans un édifice en construction, sont limitées et il faut éviter les tracés inutiles, en ne dessinant qu'une moitié d'arc ou de fenestrage si l'autre partie est symétrique, en standardisant les éléments, en ne faisant les tracés qu'au fur et à mesure des besoins, enfin en les superposant.

"Lorsqu'il s'agissait d'élever une cathédrale (…) il eût fallu pour tracer, à grandeur d'exécution, toutes les épures nécessaires, écrit Viollet-le-Duc, un emplacement plus vaste que n'était la surface occupée par le monument lui-même. Force était alors de chercher des moyens de tracé occupant peu de place et présentant cependant une exactitude rigoureuse."

Dans de telles conditions, il n'est pas surprenant que peu de dessins de l'époque aient subsisté. Ce sont en général ceux qui étaient destinés aux commanditaires et ont été conservés dans leurs archives.

Mais on peut encore trouver sur les murs de certains édifices - comme ce fut le cas pour Roland Bechmann à Saint-Quentin - des tracés gravés, parfois superposés et enchevêtrés, qui ont servi à la construction et sont restés sur place. Ils révèlent parfois les méthodes de travail ou les intentions des constructeurs.

Le carnet de Villard témoigne combien les gothiques étaient soucieux d'économiser le parchemin.

Avec l'élévation rétrécie d'une travée de la cathédrale de Reims, c'est l'adaptation du dessin à la surface disponible du parchemin qui est illustrée. La série des figures de l'art de géométrie des pages 36 à 38 et celle des dessins de la maçonnerie des pages 39, 40 et 41 du Carnet montrent comment Villard a cherché à mettre le maximum de dessins sur quelques pages, en indiquant les seuls détails qui lui paraissaient indispensables.

Une autre méthode économisant la surface du parchemin consiste, dans le cas d'un élément symétrique, à n'en dessiner que la moitié, et dans le cas de deux éléments identiques, à n'en dessiner qu'un. La tour de Laon en fournit un exemple: les deux tours de la cathédrale étant symétriques, Villard n'a pas jugé utile de les dessiner toutes deux.

Outils et techniques du chantier

Représentant à la fois le bureau d'études d'ingénierie, le coordinateur tous corps d'état et le conducteur de chantier, le constructeur du XIIIe siècle devait, en particulier, mettre au point les engins nécessaires à l'équipement du chantier.

On retrouve souvent sur des dessins, des peintures, des miniatures ou des bas-reliefs du Moyen Âge, les engins de levage ainsi que les instruments utilisés sur les chantiers du temps de Villard : le compas, l'équerre, la règle, le cordeau, le niveau, ou les "moles".

Engins de levage

Les constructeurs gothiques utilisaient des machines pour soulever bois et pierres. Les plus puissantes étaient composées d'une grande roue en "cage d'écureuil" mue par des hommes se déplaçant à l'intérieur de celle-ci. Parmi tous les dispositifs mécaniques qu'il a imaginés, Villard nous a légué les dessins d'une machine élévatoire.

Le compas

Les compas utilisés du temps de Villard sont de plusieurs types.

Villard a figuré dans son Carnet un compas à secteur dans lequel le quart de cercle, fixé sur l'une des branches, coulisse à travers l'autre branche ce qui permet à la fois le blocage du compas sur certaines positions d'ouverture et l'utilisation de graduations gravées sur le secteur courbe pour retrouver angles et proportions.

Les compas à branches articulées se faisaient de diverses dimensions, avec ou sans "secteur" et en général sur le chantier, à pointes sèches, facteur de précision. Sur le chantier, l'architecte en compagnie de son aide, l'appareilleur, utilisait un très grand compas pour reporter, grandeur nature, les tracés des projets sur les pierres.

L'équerre

Pour l'ouvrier de l'époque de Villard, l'équerre est le gabarit d'un angle droit. L'équerre de Villard présente, comme certaines équerres qu'on trouve sur des bas-reliefs, la particularité que les angles droits qui sont de part et d'autre des branches ont leurs côtés non parallèles. Cette légère convergence a donné lieu à diverses hypothèses. Les deux branches d'une équerre pouvaient comporter des repères gravés permettant de tracer des angles particuliers ou des rapports utiles (côté du carré et sa diagonale, proportion dorée, angles correspondant à différentes figures).

Sur un vitrail de la cathédrale de Chartres, qui représente les outils des maçons et des tailleurs de pierre, on voit une curieuse équerre dont l'une des branches est courbe, la tangente à la courbe au raccordement avec la branche droite étant perpendiculaire à cette branche. C'est en somme un gabarit adapté à une courbe donnée, et qui permet, à partir d'un rayon, c'est-à-dire d'un joint entre deux claveaux, de tracer la courbe de l'intrados de l'arc.

La règle

La virga, ou latte à mesurer, était un instrument de mesure simplificateur par définition.
Étalon de longueur sur le chantier, il répondait à la fois à une économie de matière, à une commodité de manipulation, à un moindre encombrement à l'atelier et sur le chantier ainsi qu'à une facilité d'accession qui ne nécessitait pas obligatoirement de savoir lire. Il pouvait notamment permettre de réaliser une opération d'implantation au sol.

La virga est parfois représentée, sur certaines miniatures, entre les mains de l'architecte comme une baguette de chef d'orchestre.

À une époque où les mesures variaient d'une province à l'autre et même d'une ville à l'autre, et où chaque ouvrier n'avait pas, comme aujourd'hui, son mètre pliant ou roulant dans la poche de sa cotte, la virga était la mesure propre à chaque maître d'œuvre et l'insigne de son commandement.

Le cordeau

Le cordeau est l'outil simple et pratique sur tout chantier. Lesté, il sert de fil à plomb et définit la verticale, s'il n'y a pas de vent...

Il sert aussi à tracer des rayons convergeant sur un centre et permettait de tracer les joints d'un arc à partir du centre, ce que Villard montre page 40.

Le cordeau peut aussi permettre de tracer, sur le terrain ou l'aire de traçage, des cercles de n'importe quelle dimension. Il peut matérialiser des droites et reste d'usage courant sur les chantiers pour marquer les axes principaux ou les parements des murs. On pouvait aussi en principe, mais de façon plus approximative en pratique, trouver le centre d'un arc en prolongeant avec un cordeau les joints d'un claveau, ou d'un voussoir (...).

Villard montre comment en enroulant un cordeau autour d'un cylindre, sur lequel des points ont été régulièrement disposés le long de génératrices, on peut tracer une hélice, pour tailler une vis.

Le niveau

Le niveau, parfois combiné avec l'équerre, servait à vérifier les aplombs. Au XIIIe siècle, les constructeurs n'ont à leur disposition que différentes formes de niveau à plomb.

L'archipendule servait de niveau et d'équerre et pouvait aussi être utilisée pour mesurer des pentes grâce à des repères sur la traverse. Villard montre en plusieurs endroits une sorte de niveau-règle. Lorsqu'il parle de "plomb", il peut désigner le plomb du niveau qui permet de mettre cet instrument horizontal ou vertical en modifiant le point d'attache du fil. En général, d'ailleurs, les deux termes "sans plomb et sans niveau" sont couplés.

Les "moles"

Exécutés en métal ou en bois, les "moles" étaient des modèles (des "patrons" au sens où l'entendent les tailleurs d'habits) des différentes faces des pierres. Ce mot désignait aussi les gabarits qui indiquent la section et les profils des moulures, des nervures, des bandeaux, des saillants, des colonnes et piliers de toute espèce. Plaques découpées de faible épaisseur, sur le modèle duquel on taillait le profil et qu'on faisait courir sur toute la longueur de l'élément profilé pour en vérifier la conformité, ces gabarits pouvaient êtres utilisés pour des éléments courbes.

Ces modèles, grandeur nature, étaient encombrants et onéreux mais permettaient l'exécution à distance, sur le lieu où l'on taillait les pierres. Pour réduire la dépense et faciliter le travail, tant de ceux qui les dessinaient et les découpaient que de ceux qui les utilisaient pour tailler la pierre, il fallait réduire autant que possible le nombre de modèles différents. Ainsi les constructeurs étaient-ils amenés à rechercher la standardisation des pierres.

À plusieurs reprises reviennent dans le carnet de Villard de Honnecourt des expressions telles que sans mole (sans modèle), sans niveau, sans plomb, comme si l'un des soucis des architectes du XIIIe siècle avait été, chaque fois que possible, de se passer de ces moyens qui intervenaient dans l'exécution. Les erreurs possibles d'un nivellement exécuté de proche en proche, avec un niveau de dimensions réduites, ou la difficulté d'utiliser un fil à plomb le long d'une paroi parsemée de saillies expliquent sans doute le souhait de pouvoir se passer parfois de ces instruments. Quant à l'intérêt de se passer de "moles", il réside dans l'économie réalisée, les modèles, reproductions grandeur nature généralement en bois des faces des pierres à tailler, étant onéreux.


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