Triple .'. Point Index du Forum

Triple .'. Point
Recherche historique - Historical Research

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Histoire de l'architecture religieuse (XIe-XVIe s.)

 
Poster un nouveau sujet   Ce sujet est verrouillé; vous ne pouvez pas éditer les messages ou faire de réponses.    Triple .'. Point Index du Forum -> LA VOÛTE ÉTOILÉE (BIBLIO) / VIRTUAL LIBRARY -> Architect.'. & Archeog.'. -> Français
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
triple-point
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 29 Juin 2005
Messages: 4 565
Âge: 7
Or.'.: Montréal
Ob.'.: DH
Rit.'.: REAA
Log.'.: Delta 1572
Vén.'. actuel: M-F S

MessagePosté le: Sam 8 Sep - 05:56 (2007)    Sujet du message: Histoire de l'architecture religieuse (XIe-XVIe s.) Répondre en citant

Source : Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 1, Architecture religieuse, par Eugène Viollet-Le-Duc, 1856.
http://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99archi…

ARCHITECTURE RELIGIEUSE.

Chez tous les peuples l’architecture religieuse est la première à se développer. Non-seulement au milieu des civilisations naissantes, le monument religieux répond au besoin moral le plus puissant, mais encore il est un lieu d’asile, de refuge; une protection contre la violence. C’est dans le temple ou l’église que se conservent les archives de la nation, ses titres les plus précieux sont sous la garde de la Divinité; c’est sous son ombre que se tiennent les grandes assemblées religieuses ou civiles, car dans les circonstances graves, les sociétés qui se constituent, ont besoin de se rapprocher d’un pouvoir surhumain pour sanctionner leurs délibérations. Ce sentiment que l’on retrouve chez tous les peuples, se montre très-prononcé dans la société chrétienne. Le temple païen n’est qu’un sanctuaire où ne pénètrent que les ministres du culte et les initiés, le peuple reste en dehors de ses murs, aussi les monuments de l’antiquité là où ils étaient encore debout, en Italie, sur le sol des Gaules, ne pouvaient convenir aux chrétiens. La basilique antique avec ses larges dimensions, sa tribune, ses ailes ou bas côté, son portique antérieur, se prêtait au culte de la nouvelle loi. Il est même probable que les dispositions de l’édifice romain eurent une certaine influence sur les usages adoptés par les premiers chrétiens du moment qu’ils purent sortir des catacombes et exercer leur culte ostensiblement. Mais dans les limites que nous nous sommes tracées, nous devons prendre, comme point de départ, la basilique chrétienne de l’époque carlovingienne, dont les dispositions s’éloignaient déjà de la basilique antique. Alors on ne se contentait plus d’un seul autel, il fallait élever des tours destinées à recevoir des cloches pour appeler les fidèles, et les avertir des heures de prières. La tribune de la basilique antique n’était pas assez vaste pour contenir le clergé nombreux réuni dans les églises; le chœur devait empiéter sur les portions abandonnées au public dans le monument romain. L’église n’était pas isolée, mais autour d’elle, comme autour du temple païen, se groupaient des bâtiments destinés à l’habitation des prêtres et des clercs; des portiques, des sacristies, quelquefois même des écoles, des bibliothèques, de petites salles pour renfermer les trésors, les chartes, les vases sacrés et les ornements sacerdotaux, des logettes pour des pénitents ou ceux qui profitaient du droit d’asile. Une enceinte enveloppait presque toujours l’église et ses annexes, le cimetière et des jardins; cette enceinte, fermée la nuit, était percée de portes fortifiées. Un grand nombre d’églises étaient desservies par un clergé régulier dépendant d’abbayes ou de prieurés, et se rattachant ainsi à l’ensemble de ces grands établissements. Les églises collégiales, paroissiales et les chapelles elles-mêmes, possédaient dans une proportion plus restreinte tous les services nécessaires à l’exercice du culte, de petits cloîtres, des sacristies, des trésors, des logements pour les desservants. D’ailleurs les collégiales, paroisses et chapelles étaient placées sous la juridiction des évêques, les abbayes et les prieurés exerçaient aussi des droits sur elles, et parfois même les seigneurs laïques construisaient des chapelles, érigeaient des paroisses en collégiales, sans consulter les évêques, ce qui donna lieu souvent à de vives discussions entre ces seigneurs et les évêques. Les cathédrales comprenaient dans leurs dépendances les bâtiments du chapitre, de vastes cloîtres, les palais des évêques, salles synodales etc. (voy. Évêché, Salle Synodale, Cloître, Architecture Monastique, Trésor, Sacristie , Salle Capitulaire).



Nous donnons ici (1) pour faire connaître quelle était la disposition générale d’une église de moyenne grandeur au Xe siècle, un plan qui sans être copié sur tel ou tel édifice existant, résume l’ensemble de ces dispositions. I est le portique qui précède la nef, le Narthex de la basilique primitive, sous lequel se tiennent les pénitents auxquels l’entrée de l’église est temporairement interdite, les pèlerins qui arrivent avant l’ouverture des portes. De ce porche, qui généralement est couvert en appentis, on pénètre dans la nef et les bas côtés par trois portes fermées pendant le jour par des voiles. N les fonts baptismaux placés soit au centre de la nef, soit dans l’un des collatéraux H. G la nef au milieu de laquelle est réservé un passage libre séparant les hommes des femmes. P la tribune, les ambons, et plus tard le jubé où l’on vient lire l’épître et l’évangile. A le bas chœur où se tiennent les clercs. O l’entrée de la confession, de la crypte qui renferme le tombeau du saint sur lequel l’église a été élevée; des deux côtés les marches pour monter au sanctuaire. C l’autel principal. B l’exèdre au milieu duquel est placé le siège de l’évêque, de l’abbé ou du prieur; les stalles des chanoines ou des religieux s’étendent plus ou moins à droite et à gauche. E les extrémités du transsept. D des autels secondaires. F la sacristie, communiquant au cloître L et aux dépendances. Quelquefois, du porche on pénètre dans le cloître par un passage et une porterie K. Alors les clochers étaient presque toujours placés, non en avant de l’église, mais près du transsept en M sur les dernières travées des collatéraux. Les religieux se trouvaient ainsi plus à proximité du service des cloches, pour les offices de nuit, ou n’étaient pas obligés de traverser la foule des fidèles pour aller sonner pendant la messe. L’abbaye Saint-Germain des Prés avait encore à la fin du siècle dernier ses deux tours ainsi placées. Cluny, Vézelay, beaucoup d’autres églises abbatiales, de prieurés, des paroisses même, un grand nombre de cathédrales possèdent ou possédaient des clochers disposés de cette manière. Châlons-sur-Marne laisse voir encore les étages inférieurs de ses deux tours bâties des deux côtés du chœur. L’abbé Lebeuf, dans son Histoire du diocèse d’Auxerre, rapporte qu’en 1215, l’évêque Guillaume de Seignelay, faisant rebâtir le chœur de la cathédrale de Saint-Étienne que nous admirons encore aujourd’hui, les deux clochers romans, qui n’avaient point encore été démolis mais qui étaient sapés à leur base pour permettre l’exécution des nouveaux ouvrages, s’écroulèrent l’un sur l’autre sans briser le jubé, ce qui fut regardé comme un miracle1.



À cette époque (nous parlons du Xe siècle), les absides et les étages inférieurs des clochers étaient presque toujours les seules parties voûtées, les nefs, les bas côtés, les transsepts étaient couverts par des charpentes. Cependant déjà des efforts avaient été tentés pour établir des voûtes dans les autres parties des édifices religieux où ce genre de construction ne présentait pas de grandes difficultés. Nous donnons (2) le plan de la petite église de Vignory (Haute-Marne) qui déjà contient un bas côté avec chapelles absidales pourtournant le sanctuaire. Ce bas côté B est voûté en berceau; quatre autres petits berceaux séparés par des arcs-doubleaux flanquent les deux travées qui remplacent le transsept en avant de l’abside. Le sanctuaire C est voûté en cul-de-four, et deux arcs-doubleaux DD contre-buttent les bas côtés AA sur lesquels étaient élevés deux clochers; un seul subsiste encore, reconstruit en grande partie au XIe siècle. Tout le reste de l’édifice est couvert par une charpente apparente et façonnée2. La coupe transversale que nous donnons également sur la nef (3) fait comprendre cette intéressante construction dans laquelle on voit apparaître la voûte mêlée au système primitif des couvertures en bois. On remarquera que la nef présente un simulacre de galerie qui rappelle encore la galerie du



premier étage de la basilique romaine; ce n’est plus à Vignory qu’une décoration sans usage et qui paraît être une concession à la tradition. Bientôt cependant on ne se contenta plus de voûter seulement le chœur, les chapelles absidales et leurs annexes, on voulut remplacer partout les charpentes destructibles par des voûtes en pierre, en moellon ou en brique; ces charpentes brûlaient se pourrissaient rapidement; quoique peintes, elles ne présentaient pas cet aspect monumental et durable que les constructeurs du moyen âge s’efforçaient de donner à l’église. Les différentes contrées qui depuis le XIIIe siècle composent le sol de la France ne procédèrent pas de la même manière pour voûter la basilique latine. Dans l’ouest, à Périgueux, dès la fin du Xe siècle on élevait la cathédrale et la grande église abbatiale de Saint-Front (voy. Architecture, développement de l’) sous l’influence de l’église à coupoles de Saint-Marc de Venise3. Ce monument, dont nous donnons le plan et une coupe transversale, succédait à une basilique bâtie suivant la tradition romaine. C’était une importation étrangère à tout ce qui avait été élevé à cette époque sur le sol occidental des Gaules depuis l’invasion des barbares. Le plan (4)



reproduit non-seulement la forme mais aussi la dimension de celui de Saint-Marc, à peu de différences près. La partie antérieure de ce plan laisse voir les restes de l’ancienne basilique latine modifiés à la fin du Xe siècle par la construction d’une coupole derrière le narthex, et d’un clocher posé à cheval sur les travées de l’ancienne nef. L’église de Saint-Front se trouvait alors posséder un avant-porche (le narthex primitif), un second porche voûté, le vestibule sous le clocher, et enfin le corps principal de la construction couvert par cinq coupoles posées sur de larges arcs-doubleaux et sur pendentifs (5).



(suite, prochain message)


Dernière édition par triple-point le Sam 8 Sep - 06:23 (2007); édité 1 fois
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Publicité






MessagePosté le: Sam 8 Sep - 05:56 (2007)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
triple-point
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 29 Juin 2005
Messages: 4 565
Âge: 7
Or.'.: Montréal
Ob.'.: DH
Rit.'.: REAA
Log.'.: Delta 1572
Vén.'. actuel: M-F S

MessagePosté le: Sam 8 Sep - 06:03 (2007)    Sujet du message: Histoire de l'architecture religieuse (XIe-XVIe s.) Répondre en citant

(suite)

Ici les coupoles et les arcs-doubleaux ne sont pas tracés comme à Saint-Marc de Venise, suivant une courbe plein cintre, mais présentent des arcs brisés, des formes ogivales, bien qu’alors en France l’arc en tiers-point ne fût pas adopté; mais les constructeurs de Saint-Front, fort peu familiers avec ce système de voûtes, ont certainement recherché l’arc brisé afin d’obtenir une plus grande résistance et une poussée moins puissante (V. Construction, Coupole). Cette importation de la coupole sur pendentifs ne s’applique pas seulement à l’église de Saint-Front et à celle de la cité de Périgueux. Pendant les XIe et XIIe siècles on construit dans l’Aquitaine une grande quantité d’églises à coupoles; les églises de Souliac, de Cahors, d’Angoulême, de Trémolac, de Saint-Avit-Senieur, de Salignac, de Saint-Émilion, de Saint-Hilaire de Poitiers, de Fontevrault, du Puy en Vélay, et beaucoup d’autres encore, possèdent des coupoles élevées sur pendentifs. Mais l’église de Saint-Front présente seule un plan copié sur celui de Saint-Marc. Les autres édifices que nous venons de citer conservent le plan latin avec ou sans transsepts et presque toujours sans bas côtés. Nous donnons ici le plan de la belle église abbatiale de Fontevrault (6) qui date du XIIe



siècle, et qui possède une série de quatre coupoles sur pendentifs dans sa nef, disposées et contre-buttées ainsi que celles de la cathédrale d’Angoulême, avec beaucoup d’art. Voici (fig. 7) une des travées de la nef de l’église de Fontevrault. Jusqu’au XIIIe siècle l’influence de la coupole se fait sentir dans les édifices religieux de l’Aquitaine, du Poitou et de l’Anjou; la Cathédrale d’Angers, bâtie au commencement du XIIIe siècle, est sans bas côtés, et ses voûtes, quoique nervées d’arcs-ogives, présentent dans leur coupe de véritables coupoles (voy. Voûte ). Les nefs des cathédrales de Poitiers et du Mans sont encore soumises à cette influence de la coupole, mais dans ces édifices les pendentifs disparaissent et la coupole vient se mélanger avec la voûte en arcs-ogives des monuments de l’Île-de-France et du nord4.



En Auvergne comme centre, et en suivant la Loire jusqu’à Nevers, un autre système est adopté dans la construction des édifices religieux. Dans ces contrées, dès le XIe siècle, on avait renoncé aux charpentes pour couvrir les nefs; les bas côtés de la basilique latine étaient conservés ainsi que la galerie supérieure. La nef centrale était voûtée en berceau plein cintre avec ou sans arcs-doubleaux; des demi-berceaux comme des arcs-boutants continus, élevés sur les galeries supérieures contre-buttaient la voûte centrale, et les bas côtés étaient voûtés par la pénétration de deux demi-cylindres suivant le mode romain. Des culs-de-four terminaient le sanctuaire comme dans la basilique antique et le centre du transsept était couvert par une coupole à pans accusés ou arrondis aux angles, portée sur des trompes ou des arcs concentriques, ou même quelquefois de simples encorbellements soutenus par des corbeaux. Ce système de construction des édifices religieux est continué pendant le XIIe siècle, et nous le voyons adopté jusqu’à Toulouse, dans la grande église de Saint-Sernin. Voici le plan de l’église du prieuré de Saint-Étienne de Nevers (8) bâtie pendant la



seconde moitié du XIe siècle et qui présente un des types les plus complets des églises à nefs voûtées en berceau plein cintre contre-butté par des demi-berceaux bandés sur les galeries des bas côtés. (9)



Le plan de l’église de Notre-Dame du Port à Clermont-Ferrand, un peu postérieure; (10) la coupe transversale de la nef de cette église, et (10 bis) la coupe sur le transsept, dans laquelle apparaît la coupole centrale également contre-buttée par des demi-berceaux reposant sur deux murs à claire-voie portés sur deux arcs-doubleaux construits dans le prolongement des murs extérieurs. Dans ces édifices toutes les poussées des voûtes sont parfaitement maintenues; aussi se sont-ils conservés intacts jusqu’à nos jours. Toutefois en étant inspirées de la basilique romaine, ces églises ne conservaient pas au-dessus de la galerie supérieure ou triforium, les fenêtres qui éclairaient les nefs centrales des édifices romains; la nécessité de maintenir la voûte en berceau par une buttée continue sous forme de demi-berceau sur les galeries, interdisait aux constructeurs la faculté d’ouvrir des fenêtres prenant des jours directs au-dessous de la voûte centrale. Les nefs de ces églises ne sont éclairées que par les fenêtres des bas côtés ou par les jours ouverts à la base du triforium; elles sont obscures, et ne pouvaient convenir à des contrées où le soleil est souvent caché, où le ciel est sombre. Dans le Poitou, dans une partie des provinces de l’ouest et dans quelques localités du midi, on avait adopté au XIe siècle un autre mode de construire les églises et de les voûter; les bas côtés étaient élevés jusqu’à la hauteur de la nef, et de petites voûtes d’arêtes ou en berceau élevées sur ces bas côtés contre-buttaient le berceau central.





L’église abbatiale de Saint-Savin, près Poitiers, dont nous donnons le plan (11), est construite d’après ce système; de longues colonnes cylindriques portent des archivoltes sur lesquelles viennent reposer le berceau plein cintre de la nef et les petites voûtes d’arêtes des deux bas côtés, ainsi que l’indique la coupe transversale (12).



ici la galerie supérieure de la basilique latine est supprimée, et la nef n’est éclairée que par les fenêtres ouvertes dans les murs des bas côtés. Pour de petites églises étroites, ce parti n’a pas d’inconvénients; il laisse cependant le milieu du monument et surtout les voûtes dans l’obscurité lorsque les nefs sont larges; il ne pouvait non plus convenir aux grandes églises du nord. On observera que dans les édifices, soit de l’Auvergne , soit du midi de la France, élevés suivant le mode de bas côtés avec ou sans galeries contre-buttant la voûte centrale, les voûtes remplacent absolument les charpentes puisque, non-seulement elles ferment les nefs et bas côtés, mais encore elles portent la couverture en tuiles ou en dalles de pierre. Ce fait est remarquable; reconnaissant les inconvénients des charpentes, les architectes de ces provinces les supprimaient complètement et faisaient ainsi disparaître toutes causes de destruction par le feu. Dans les provinces du nord, en Normandie, dans l’Île-de-France, en Champagne, en Bourgogne, en Picardie, lorsque l’on se décide à voûter la basilique latine, on laisse presque toujours subsister la charpente au-dessus de ces voûtes; on réunit les deux moyens, la voûte, pour mieux clore l’édifice, pour donner un aspect plus digne et plus monumental aux intérieurs, pour empêcher les charpentes, en cas d’incendie, de calciner les nefs; la charpente, pour recevoir la couverture en tuiles, en ardoises ou en plomb. Les couvertures posées directement sur la maçonnerie des voûtes causaient des dégradations fréquentes dans les climats humides, elles laissaient pénétrer les eaux pluviales à l’intérieur par infiltration, ou même par suite de la porosité des matériaux employés, dalles ou terre cuite. Si les constructeurs septentrionaux, lorsqu’ils commencèrent à voûter leurs églises, employèrent ce procédé, ils durent l’abandonner bientôt en reconnaissant les inconvénients que nous venons de signaler, et ils protégèrent leurs voûtes par des charpentes qui permettaient de surveiller l’extrados de ces voûtes, qui laissait circuler l’air sec au-dessus d’elles et rendaient les réparations faciles. Nous verrons tout à l’heure comment cette nécessité contribua à leur faire adopter une combinaison de voûtes particulière.



(suite, prochain message)
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
triple-point
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 29 Juin 2005
Messages: 4 565
Âge: 7
Or.'.: Montréal
Ob.'.: DH
Rit.'.: REAA
Log.'.: Delta 1572
Vén.'. actuel: M-F S

MessagePosté le: Sam 8 Sep - 06:13 (2007)    Sujet du message: Histoire de l'architecture religieuse (XIe-XVIe s.) Répondre en citant

Les tentatives pour élever des églises voûtées ne se bornaient pas à celles indiquées ci-dessus. Déjà dès le Xe siècle les architectes avaient eu l’idée de voûter les bas côtés des basiliques latines au moyen d’une suite de berceaux plein cintre posant sur des arcs-doubleaux et perpendiculaires aux murs de la nef; la grande nef restait couverte par une charpente. Les restes de la basilique primitive de l’abbaye de Saint-Front de Périgueux conservent une construction de ce genre, qui existait fort développée dans l’église abbatiale de Saint-Remy de Reims avant les modifications apportées dans ce curieux monument pendant les XIIe et XIIIe siècles. La figure (13) fera comprendre ce genre de bâtisses. Ces berceaux parallèles posant sur des arcs-doubleaux dont les naissances n’étaient pas très-élevées au-dessus du sol ne pouvaient pousser à l’intérieur les piles des nefs chargées par des murs élevés; et des fenêtres prenant des jours directs, étaient ouvertes au-dessus des bas côtés. Dans la Haute-Marne, sur les bords de la haute Saône, en Normandie, il devait exister au XIe siècle beaucoup d’églises élevées suivant ce système, soit avec des voûtes en berceaux perpendiculaires à la nef, soit avec des voûtes d’arêtes, sur les bas côtés; les nefs restaient couvertes seulement par des charpentes. La plupart de ces édifices ont été modifiés au XIIIe ou au XIVe siècle, c’est-à-dire qu’on a construit des voûtes hautes sur les murs des nefs en les contre-buttant par des arcs-boutants; mais on retrouve facilement les traces de ces dispositions primitives. Quelques édifices religieux bâtis par les Normands en Angleterre, ont conservé leurs charpentes sur les grandes nefs, les bas côtés seuls étant voûtés. Nous citerons, parmi les églises françaises, la petite église de Saint-Jean de Châlons-sur-Marne, dont la nef, qui date de la fin du XIe siècle, conserve encore sa charpente masquée par un berceau en planches fait il y a peu d’années; l’église du Pré-Notre-Dame, au Mans, de la même époque, qui n’avait dans l’origine que ses bas côtés voûtés; les grandes églises abbatiales de la Trinité et de Saint-Étienne de Caen, dont les nefs devaient être certainement couvertes primitivement par des charpentes apparentes, etc. À Saint-Remy de Reims il existe une galerie supérieure, aussi large que le bas côté, qui était aussi très-probablement voûtée de la même manière. Nous avons supposé dans la figure (13) les charpentes des bas côté enlevées, afin de laisser voir l’extrados des berceaux de ces bas côtés.



On ne tarda pas, dans quelques provinces, à profiter de ce dernier parti pour contre-butter les voûtes, qui remplacèrent bientôt les charpentes des nefs principales. Dans la partie romane de la nef de la cathédrale de Limoges, dans les églises de Châtillon-sur-Seine, et de l’abbaye de Fontenay près Montbard de l’ordre de Cîteaux, on voit les bas côtés voûtés par une suite de berceaux parallèles perpendiculaires à la nef portant sur des arcs-doubleaux; les travées de ces nefs sont larges; la poussée continue du grand berceau supérieur se trouve contre-buttée par les sommets des berceaux perpendiculaires des bas côtés, et par des murs élevés sur les arcs-doubleaux qui portent ces berceaux; murs qui sont de véritables contre-forts, quelquefois même allégés par des arcs et servant en même temps de points d’appui aux pannes des combles inférieurs: l’exemple (14) que nous donnons ici fait comprendre toute l’ossature de cette construction; A, arcs-doubleaux des bas côtés portant les berceaux perpendiculaires à la nef, ainsi que les murs porte-pannes et contre-forts B, allégés par des arcs de décharge, véritables arcs-boutants noyés sous les combles. Dans ces édifices religieux, la charpente supérieure se trouvait supprimée, la tuile recouvrait simplement le berceau ogival C. Quant à la charpente des bas côtés, elle se trouvait réduite à des cours de pannes et des chevrons portant également ou de la tuile creuse, ou de grandes tuiles plates le plus souvent vernissées (voy. Couverture). Mais les grandes nefs de ces églises ne pouvaient être éclairées par des jours directs, elles étaient obscures dans leur partie supérieure, ainsi on se trouvait toujours entre ces deux inconvénients, ou d’éclairer les nefs par des fenêtres ouvertes au-dessus des voûtes des bas côtés, et alors de couvrir ces nefs par des charpentes apparentes, ou de les voûter et de se priver de jours directs.



Tous ces monuments étaient élevés dans des conditions de stabilité telles, qu’ils sont parvenus jusqu’à nous presque intacts. Ces types se perpétuaient pendant les XIe et XIIe siècles avec des différences peu sensibles dans le centre de la France, dans le midi, l’ouest, et jusqu’en Bourgogne. Dans l’Île-de-France, la Champagne, la Picardie, dans une partie de la Bourgogne et en Normandie, les procédés pour construire les édifices religieux prirent une autre direction. Ces contrées renfermaient des villes importantes et populeuses; il fallait que les édifices religieux pussent contenir un grand nombre de fidèles; la basilique antique, aérée, claire, permettant la construction de larges nefs séparées des bas côtés par deux rangées de colonnes minces, satisfaisait à ce programme. En effet, si nous examinons (fig. 15) la coupe d’une basilique construite suivant la tradition romaine, nous voyons une nef A, ou vaisseau principal, qui peut avoir de dix à douze mètres de largeur, si nous subordonnons cette largeur à la dimension ordinaire des bois dont étaient formés les entraits; deux bas côtés B de cinq à six mètres de largeur, éclairés par des fenêtres G; au-dessus deux galeries C permettant de voir le sanctuaire, et éclairées elles-mêmes par des jours directs, puis pour éclairer la charpente et le milieu de la nef, des baies supérieures E percées au-dessus des combles des galeries. Cette construction pouvait être élevée sur un plan vaste, à peu de frais. Mais, nous l’avons dit, il fallait à ces populations des édifices plus durables, d’un aspect plus monumental, plus recueilli; et d’ailleurs à la fin du Xe siècle les Normands n’avaient guère laissé d’édifices debout dans les provinces du nord de la France.



On songea donc dès le XIe siècle à reconstruire les édifices religieux sur des données nouvelles, et capables de résister à toutes les causes de ruine. Le système de la voûte d’arête romaine formée par la pénétration de deux demi-cylindres d’un diamètre égal, n’avait jamais été abandonné; aussi fut-il appliqué aux édifices religieux, du moment que l’on renonça aux charpentes; mais ce système ne peut être employé que pour voûter un plan carré; or dans le plan de la basilique latine, le bas côté seul présente un plan carré à chaque travée; quant à la nef, l’espacement compris entre chaque pilier étant plus étroit que la largeur du vaisseau principal, l’espace à voûter se trouve être un parallélogramme et ne peut être fermé par une voûte d’arête romaine; exemple (16): soit une portion de plan d’une église du XIe siècle, A les bas-côtés, B la nef principale; les surfaces C D E F sont carrées et peuvent être facilement voûtées par deux demi-cylindres d’un diamètre égal, mais les surfaces G H I K sont des parallélogrammes; si l’on bande un berceau ou demi-cylindre de G en H, le demi-cylindre de G en I viendra pénétrer le demi-cylindre G H au-dessous de sa clef, ainsi que l’indique la figure (17).





Le cintrage de ces sortes de voûtes devait paraître difficile à des constructeurs inexpérimentés; de plus, ces voûtes, dites en arcs de cloître, sont pesantes, d’un aspect désagréable, surtout si elles sont très-larges, comme on peut s’en convaincre en examinant la figure (18).



Les constructeurs septentrionaux du XIe siècle n’essayèrent même pas de les employer; ils se contentèrent de fermer les bas côtés par des voûtes d’arêtes romaines et de continuer à couvrir les grandes nefs par une charpente apparente, ainsi que l’indique la figure (13), où ils eurent l’idée d’élever des berceaux sur les murs des nefs, au-dessus des fenêtres supérieures. Ce second parti (19) ne pouvait être durable; les grandes voûtes A, n’étant point contre-buttées, durent s’écrouler peu de temps après leur décintrage; on plaçait des contre-forts extérieurs en B, mais ces contre-forts ne pouvaient maintenir la poussée continue des berceaux que sur certains points isolés, puis ils portaient à faux sur les reins des arcs-doubleaux C, les déformaient en disloquant ainsi tout l’ensemble de la bâtisse.



Pour diminuer la puissance de poussée des berceaux, on eut l’idée, vers le commencement du XIIe siècle, dans quelques localités, de les cintrer suivant une courbe brisée ou en tiers-point, en les renforçant (comme dans la nef de la cathédrale d’Autun) au droit des piles par des arcs-doubleaux saillants, maintenus par des contre-forts (20).



Il y avait là une amélioration, mais ce mode n’en était pas moins vicieux; et la plupart des églises bâties suivant ce principe se sont écroulées quand elles n’ont pas été consolidées par des arcs-boutants un siècle environ après leur construction. C’est alors que les Clunisiens reconstruisaient la plupart de leurs établissements; de 1089 à 1140 environ, la grande église de Cluny, la nef de l’abbaye de Vézelay sont élevées; nous nous occuperons plus particulièrement de ce dernier monument religieux, encore debout aujourd’hui, tandis qu’une rue et des jardins ont remplacé l’admirable édifice de saint Hugues et de Pierre le Vénérable (voy. Architecture Monastique).



***

LIRE LA SUITE ICI : http://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99archi…

***
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:37 (2018)    Sujet du message: Histoire de l'architecture religieuse (XIe-XVIe s.)

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Ce sujet est verrouillé; vous ne pouvez pas éditer les messages ou faire de réponses.    Triple .'. Point Index du Forum -> LA VOÛTE ÉTOILÉE (BIBLIO) / VIRTUAL LIBRARY -> Architect.'. & Archeog.'. -> Français Toutes les heures sont au format GMT - 7 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com