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L'origine légendaire du compagnonnage (article de F. Tilman, 2007)

 
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MessagePosté le: Sam 25 Oct - 11:20 (2008)    Sujet du message: L'origine légendaire du compagnonnage (article de F. Tilman, 2007) Répondre en citant

Brève histoire d’une conception du métier et de la formation professionnelle : le compagnonnage et l’apprentissage
Par Francis Tilman
Meta –Atelier d’histoire et de projet pour l’éducation, Bruxelles

Article publié initialement sur le site de « Le Grain, Atelier de pédagogie sociale » (www.legrainasbl.org ), en 2007
Téléghcagreable en format PDF sur le site www.meta-educ.be/textes/Compagnonnage.pdf


« Il est courant de faire découler la franc-maçonnerie actuelle de la tradition compagnonnique et, en particulier, des Francs-maçons de Moyen Âge. En effet, on peut reconnaître une symbolique commune et, dans les deux cas, des fraternités, des rituels, un recrutement par cooptation, la pratique du secret, l’initiation, un vocabulaire codé, et ce, tout en observant que la franc-maçonnerie actuelle accentue le caractère ésotérique de ces pratiques. Il semble pourtant que la filiation soit usurpée et qu’il faille clairement distinguer la franc-maçonnerie « spéculative », née en Angleterre au 18ème siècle, regroupant des Frères essentiellement d’origine bourgeoise, de la franc-maçonnerie « opérative » médiévale, regroupant des ouvriers qualifiés du bâtiment, qui pratiquaient des rituels certes, mais étaient avant tout des hommes de métier, des constructeurs d’ouvrages matériels. Les membres de la franc-maçonnerie spéculative, quant à eux, se réunissaient pour écouter et discuter un Morceau d’architecture (une conférence), méditer sur fond musical, pratiquer leurs rituels. L’emprunt par la franc-maçonnerie spéculative du vocabulaire compagnonnique et de certaines pratiques culturelles (initiation, rites, etc.) aux fraternités médiévales, ne doit pas masquer le fait qu’il s’agit de deux réalités sociales totalement différentes. »

Une origine légendaire


Il est symptomatique que la connaissance de l’origine du compagnonnage n’est accessible que par la légende. Celle-ci établit leur fondation à l'occasion de la réalisation du Temple de Salomon, faisant de ce dernier le premier maître d'œuvre. Son architecte principal était Hiram. C’est lui qui détenait le savoir suprême de l’art de construire. Il fut tué par certains de ses artisans ambitieux, pour ne pas avoir voulu leur livrer ses secrets parce qu’ils n’en étaient pas dignes. Parmi les disciples d’Hiram, il y eut le Gaulois Maître Jacques, considéré comme le deuxième fondateur de la lignée compagnonnique. Le troisième, Soubise, ancien compagnon de Maître Jacques, aurait accompagné celui-ci dans son voyage à Jérusalem, aurait été son associé, mais se serait disputé avec lui devenant un concurrent, voire un adversaire. De ces prestigieux ancêtres seraient nées les trois principales branches (dites aussi Rites) du compagnonnage, à savoir Les Enfants de Salomon, Les Enfants de Maître Jacques, Les Enfants du Père Soubise.

Les légendes concernant la vie de Maître Jacques en font un décalque de la vie de Jésus de Nazareth : il comptait 12 disciples principaux, dut éviter les embûches et les pièges que lui tendirent les disciples de Soubise, adversaires farouches. Il fut trahi par un baiser donné par un de ses disciples qui amena avec lui une troupe armée. Ces truands l’exécutèrent de 5 coups de poignard. Il mourut en pardonnant à ses ennemis…

Dans une autre version plus récente, qui se voudrait plus réaliste et plus positive, Maître Jacques serait le maître d'œuvre des Templiers, grands bâtisseurs, tandis que les Enfants de Soubise, devenus entre temps Enfants du Père Soubise, seraient les descendants spirituels et professionnels du bénédictin Père Soubise, architecte de nombreuses églises.

D'autres variantes existent à propos des origines des différentes branches du compagnonnage. Elles ont toutes en commun d'être extravagantes et inconsistantes sur le plan historique. Autrement dit, nous sommes en présence d'une mythologie, c'est-à-dire d’un grand récit fondateur, dont les personnages prestigieux surpassent les humains ordinaires et servent de modèles à ceux-ci. Leur conduite et leur personnalité, idéales et hors du commun, doivent inspirer les comportements de leurs descendants.

Il est intéressant de remarquer que, jusqu'au milieu du 19e siècle, les compagnons semblaient croire à ces fondements légendaires. Il est difficile de faire la différence entre les mythes eux-mêmes et la croyance qu'en ont les individus qui les racontent. Sans doute, si la narration des mythes est vivante, ceux qui les récitent comme ceux qui les écoutent semblent y croire, du moins par moments, quand les mythes apparaissent remplir une fonction non assumée autrement. Comme le rappelle Paul Veyne, les individus peuvent avoir plusieurs niveaux de référence distincts et simultanés, et utiliser le registre interprétatif qui convient le mieux à la situation à laquelle il leur faut donner sens. Il est certain, en tout cas, que tout au long de leur existence sociale et ce, jusqu'au milieu du 19e siècle, les compagnons ont répété ces chroniques fondatrices et les ont présentées comme véridiques. Le rationalisme des Lumières, qui a touché indirectement les plus ouverts des compagnons, est venu semer le doute dans l'esprit de certains qui ont gardé les récits fondateurs, tout en leur reconnaissant alors, sans doute, une dimension légendaire.

En d'autres termes, le compagnonnage est inscrit dans un imaginaire puissant, apportant une légitimité aux diverses sociétés qui se réclamaient des grands précurseurs. Cet imaginaire leur procura une fierté et une assurance, conférées par l'ancienneté de leurs origines et par le caractère sacré de celles-ci. Le compagnonnage trouva son fondement dans la construction de cet édifice emblématique pour la chrétienté, le Temple de Salomon, ouvrage majeur érigé à la gloire de l’Éternel. Grâce à ces récits mythiques, les métiers des compagnons devenaient eux-mêmes sacrés puisqu’ils étaient les instruments d’édification d’une œuvre de portée transcendante.

L’origine légendaire fonda aussi, du moins en partie, les rituels qui structuraient toutes les activités sociales de la vie des compagnons. L’ensemble de leurs activités était en effet revêtu d’une dimension religieuse.

Les récits légendaires des origines permettent aussi d'expliquer la division des compagnons en trios rites concurrents, souvent traduite dans des querelles et des rixes pouvant être très violentes. De plus, l'origine mythique et sacrée du compagnonnage justifie le fait que les communautés compagnonniques ont toujours estimé ne pas être tenues par les injonctions et les décisions des autorités, tant religieuses que civiles. Les sociétés de compagnonnage se considéraient, en effet, au-dessus des lois ordinaires, ayant leur propre éthique et leur propre réglementation et donc, leurs propres tribunaux.

Cette mythologie justifie encore le rôle fondamental de la transmission, tant sur le plan technique que pour la perpétuation des communautés. Si les compagnons étaient de si habiles artisans, c’est qu’ils avaient reçu en héritage le génial savoir-faire des grands ancêtres, parvenu jusqu’à eux grâce à une transmission orale sans faille. Les contemporains se devaient, à leur tour, d’assurer le relais de ce savoir pour les nouvelles générations. La chaîne ne pouvait être interrompue.

Cet imaginaire plane enfin sur la formation, car en entrant dans une société de compagnonnage, l'apprenti endossait la noblesse, les exigences et les charges, incombant aux compagnons du Devoir.

A l’origine, le « Devoir » désigne les différentes sociétés de métiers des compagnons qui se disaient les disciples de Maître Jacques. Le terme fut étendu aux compagnons se définissant comme les Enfants du Père Soubise. Quant aux Enfants de Salomon, ils prirent le titre de compagnons du Devoir de Liberté. Mais le mot revêt encore une portée symbolique car être compagnon, c'est aussi exercer son métier selon certaines règles (et rituels) qui s'imposent comme des « devoirs ». L’expression compagnonnique se mettre en devoir signifie respecter toutes les prescriptions qui organisent la vie communautaire et les règles qui ordonnent les activités et les relations entre les compagnons.

Être apprenti, c'est donc s'inscrire dans une lignée et entrer dans une culture faite de mythologie, de valeurs, de règles, de savoirs, d'une langue codée, qui font de lui un être à part. L’apprenti vise à appartenir à une aristocratie du travail dont il doit se montrer digne. En échange, il sera l'héritier de la tradition. Il recevra en héritage les savoirs et les savoir-faire que les anciens ont recueillis et développés au fil du temps. Quand il aura fait la preuve de sa maîtrise, il devra à son tour transmettre cet héritage à de nouveaux Aspirants. Ainsi perdurera le génie des Anciens. […]

Autour des abbayes

Dans nos régions, la trace des communautés d’artisans se perd au cours du haut Moyen Âge. L’effacement de ces sociétés est sans doute dû à l’affaiblissement de l’Empire romain et au déclin des villes. Avec la dislocation de l'Empire, nous pouvons penser que les artisans se regroupèrent autour des monastères, les principaux édifices de cette époque, dont la construction de longue haleine et les techniques de production mises au point par les moines exigeaient une main d'œuvre qualifiée. Les artisans pouvaient travailler aussi à des ouvrages civils, comme la construction de ponts, de châteaux, de granges, etc. Est-ce de cette proximité des abbayes qu'ils tirèrent une partie de leur organisation sociale rappelant la vie conventuelle ? Est-ce la vision, voire la participation aux liturgies monastiques, qui leur inspira leurs rituels aux connotations clairement religieuses ?

La vie des compagnons est jalonnée de rites, dont certains trouvent à l’évidence des équivalents dans les pratiques monastiques. Ces rites accompagnent la progression et l’avancement dans la Fraternité. Il s’agit, par exemple, de l’Adoption ou cérémonie par laquelle le jeune candidat devient Aspirant ; de la Finition ou cérémonie qui marque la dernière étape dans la formation d'un compagnon. À l'occasion du Tour de France se pratiquent l’Entrée ou Montée
en chambre, cérémonie pour l'accueil d'un arrivant ; la Conduite en règle, défilés, processions et cérémonies pratiqués lors du départ d'un Partant. Dans la vie de tous les jours s’exécutent l’Accolade, étreinte fraternelle ; la Guillebrette, gestes rituels exécutés lors des rencontres ; les Hurlements, langage déformé pour ne pas être compris des profanes; le Topage, conversation et gestuelle codées lors de rencontres. Certains rites sont réservés à des événements graves, comme la Chaîne d'alliance lors des enterrements. On peut reconnaître la place prise par le rituel religieux chez les compagnons, dans les condamnations prononcées par les théologiens et les évêques à l’égard de leurs sociétés.

Certains compagnons connurent même l’excommunication. La plus retentissante de ces condamnations fut la Sentence de La Sorbonne, en 1655, qui reprocha aux compagnonnages leur impiété, c'est-à-dire selon leurs accusateurs, leurs pratiques rituelles qui pasticheraient les rites chrétiens et les tourneraient en ridicule. Ces pratiques seraient d'autant plus condamnables que certaines étaient associées à de généreuses libations, trahies par leur vo-
cabulaire (Boire en règle, c'est-à-dire trinquer selon les rites ; Arrosage, veillée où l'on chante et boit en l'honneur des Partants, …).

La culture monastique bénédictine a représenté une révolution culturelle quant à la conception du travail manuel. Honni dans l’Antiquité romaine et réservé aux êtres inférieurs, le travail manuel s’est vu sacralisé par Saint Benoît et placé quasiment sur le même pied que la prière (« ora et labora »). Cette sanctification du travail sera transmise par la tradition bénédictine et régulièrement réaffirmée par les réformateurs de l’Ordre. On peut légitimement penser que cette revalorisation des œuvres manuelles au service du divin (le beau et le bon) a rejailli aussi sur les artisans qui furent les proches associés des moines constructeurs. On peut sans doute trouver là, à côté des mythes fondateurs, une autre source de l’intense valorisation dont le travail manuel a bénéficié auprès des compagnons et de leur immense fierté de participer par là à l’édification d’ouvrages touchant le divin.

Même s'ils se fixèrent en communautés de métiers autour des monastères, les artisans qualifiés furent aussi des itinérants, à la recherche de travail quand un chantier se terminait ou était provisoirement suspendu, par manque d'argent. Si certains s’établirent dans les bourgades implantées à proximité des places fortes, un grand nombre voyageaient régulièrement sur les routes, en quête de travail. Cette pratique de sillonner le pays est devenu un trait caractéristique de leur culture et une dimension constitutive de leur formation, le Tour de France.

► L’apogée du compagnonnage

Le temps des cathédrales

L'importance des compagnons croît avec le développement des villes et l'érection de gigantesques ouvrages, les cathédrales. Tailleurs de pierre, maçons et charpentiers y jouèrent un rôle fondamental et leur prestige déjà ancien grandit encore, en proportion de l'importance de leur savoir-faire qui s’avérait décisif pour l'édification de ces demeures sacrées. Dans leur sillage, évoluaient d'autres artisans, comme les sculpteurs, les verriers, les peintres, les forgerons, les carriers, les charbonniers…

Les chantiers des cathédrales comprenaient aussi de nombreux ouvriers d’exécution, sans doute la part la plus importante de la main d’œuvre (chargés de transporter les pierres et les bois, de préparer le mortier, de dégrossir les pierres, etc.). Ils se recrutaient parmi les paysans qui se voyaient enrôlés par l’Église pour gagner leur salut ou qui espéraient sortir de leur condition en tentant leur chance de devenir compagnon mais ne parvenaient pas à dépasser l’état de simple ouvrier. Tous ces travailleurs qualifiés vivaient dans des petits villages à proximité du chantier, regroupés par métier. Ces communautés organisaient leur mode de vie selon des règles strictes, solennisées par des rituels.

[[u]Note de l'auteur : [/u]] Une catégorie de travailleurs à l’ouvrage dans l’édification des cathédrales, comme les maîtres d’œuvre, les architectes, les sculpteurs, les entrepreneurs, les chefs d’exploitation et les ouvriers très qualifiés vont progressivement se séparer des compagnonnages qui eux regroupent les autres travailleurs qualifiés du bâtiment. Les premiers vont constituer ce qu’on a appelé la franc-maçonnerie opérative. Cependant, c’est plus la position sociale des membres de ces deux catégories de travailleurs qui les distingue que les pratiques culturelles restées, quant à elles, fort semblables.

C'est sur les chantiers que se transmettait le savoir-faire des compagnons, enrichi par les apports des nouveaux venus qui ramenaient de leurs voyages, des procédés éprouvés ou nouvellement mis au point. Car, si les compagnons protégeaient farouchement le secret de leur savoir-faire à l’égard de tous les non-initiés, et ainsi se rendaient si indispensables, ils partageaient entre Frères la richesse de leur savoir.

A la différence d’autres métiers de la même époque (mineurs, ouvriers du textile, etc.), les ouvriers qualifiés du bâtiment bénéficiaient de bonnes conditions de rémunération ainsi que d’une grande liberté qui se traduisait, entre autres, dans leur mobilité, dans leur droit d’auto-organisation et dans leur réel pouvoir (dont témoignent leurs revendications concernant les salaires et les jours de congé). Le temps des cathédrales apparaît comme l’âge d’or du compagnonnage. […]

LE CŒUR DU SAVOIR

Le savoir technique du métier comportait de solides connaissances des matériaux utilisés, des outils et de leur bon usage, ainsi que des procédures de réalisation. Mais le véritable cœur du métier résidait dans la possibilité de façonner les pièces aux formats requis par l’ouvrage. Rappelons que les compagnons étaient, jusqu’au 19e siècle, des illettrés et qu’ils y trouvaient leur fierté. Celui qui savait lire et écrire se voyait souvent raillé. Il ne devait d’être respecté qu’à sa compétence dans le travail et à son autorité professionnelle. 22 . Par contre, les compagnons savaient calculer et surtout, dessiner. Leur savoir par excellence était le Trait.

► Le Trait

La difficulté était de reproduire au sol (donc en deux dimensions), dans les proportions requises, les gabarits des pièces à exécuter (éventuellement par un ouvrier moins qualifié). Le Trait consiste en une sorte de géométrie descriptive qui peut se construire exclusivement avec l’équerre et le compas, à partir de formes géométriques élémentaires : le carré, le cercle, le triangle. Par une série de « trucs » et de procédés, les « initiés » parviennent à construire des figures complexes et ainsi à dessiner sur le sol, en grandeur réelle, le « plan » de la fabrication à réaliser.

Le Trait se combine au savoir empirique de la Bonne forme, celle découverte par tâtonnement et formalisée par empirisme raisonné, celle supposée donner les meilleurs résultats. Le Trait permet de la représenter graphiquement par la géométrie. Les charpentes exigeant la maîtrise de l’ellipse, les cloches adoptant une forme très particulière nécessaire à leur sonorité pure et juste, sont des exemples d’ouvrages requérant des formes sophistiquées et des tracés rigoureux en vue de leur fabrication. Des aide-mémoire précieux furent construits, appelés Bâtons de Jacob, qui reprenaient les rapports et les proportions mobilisés dans la réalisation des ouvrages du métier.

Ces rapports et ces proportions furent ensuite consignés sur un support papier. La rareté, d’une part, le Secret et la protection que les compagnons assuraient à ces savoirs, d’autre part, expliquent sans doute que nous ne disposons que de quelques rares traces de ces aide-mémoire. On peut supposer que la mise par écrit du Trait existait depuis le Moyen Age.

Voûtes, cloches, charpentes, songeons aussi aux galbes des navires dont les formules mathématiques permettant de les dessiner n’ont été trouvées que récemment, alors que les charpentiers les traçaient depuis longtemps sans difficulté, à l’aide de leur Bâton de Jacob.

Dans d’autres métiers utilisant, par exemple, des réactions chimiques, comme celui de verrier ou d’orfèvre, le même empirisme raisonné a permis de mettre au point des procédés garantissant le meilleur résultat (équivalent de la Bonne forme) et sans doute aussi une manière de la codifier (équivalent du Trait). Ces procédés prévoyaient les ingrédients requis, leur proportion, le type et l’ordre des manipulations à exécuter pour obtenir les bonnes réactions, etc.

► Le Secret

Les connaissances sur la Bonne forme et sa représentation graphique par le Trait constituent vraiment le cœur du savoir du compagnon. Aussi, n’est-il pas étonnant qu’elles aient été entourées du sceau du secret et enseignées aux seuls Aspirants-compagnons s’en montrant dignes. Le stade le plus élevé de la formation, la clé de voûte de tout apprentissage compagnonnique, c’est donc le partage du Secret technique propre à chaque métier. Ce Secret, comprenant à la fois tours de main, savoir-faire technique et intelligence du métier, révèle le moyen d’obtenir le résultat parfait qui fait toute la beauté de l’œuvre. Seuls les plus méritants peuvent le recevoir. Il revenait au collectif des compagnons de décider quand le moment était venu de dévoiler le Secret à l’apprenti qui pouvait alors être reçu compagnon et réaliser son chef d’œuvre lui permettant d’accéder, à son tour, au stade de compagnon accompli (ou fini).

► La symbolique

Dans la culture médiévale et dans les œuvres qu’elle a produites, la symbolique est omniprésente. Le symbole relie le ciel et la terre. La sculpture qui abonde dans les édifices religieux, en est un terrain d’expression par excellence. Mais on retrouve aussi cette symbolique, sous forme plus voilée, disséminée dans toute l’architecture. Ainsi, par exemple, dans les églises, les proportions sont conçues dans le plan au sol, pour représenter les dimensions d’un corps en croix. L’éclairage est pensé dans l’orientation de l’édifice, pour intégrer le mouvement du soleil au fil des heures de la journée, etc. Les compagnons réalisent donc des œuvres dont la compréhension n’est pas évidente immédiate ment. Elles nécessitent une interprétation, un décodage.

Le compagnon incorpore aussi à son ouvrage des signes plus élémentaires que seuls les initiés pourront décoder. Citons, par exemple, la figuration d’outils, comme l’équerre et le compas utilisés dans presque tous les métiers, et également la hache, le marteau, la truelle, etc. La signification de ces dessins est assez explicite. Ils évoquent les instruments par lesquels l’artisan accède à la fois à l’efficacité et à la beauté, par lesquels il permet à l’humain de toucher le sublime à travers la matérialité maîtrisée. La signification d’autres figures représentant des animaux (comme l’abeille) ou des végétaux (comme la rose, l’acacia, la vigne) apparaît déjà moins évidente au commun des mortels. Que dire alors de l’emblème de la patte d’oie, de l’étoile et de l’étoile flamboyante, du dessin de labyrinthe ou encore des marques mystérieuses tracées sur les clés de voûte et sur les pierres d’angle ?

Ces symboles rappellent au compagnon qu’il appartient à une communauté à part, au destin singulier et à la mission exclusive. Il lui faut purifier son cœur et son intention en méditant sur ces figures, afin que son œuvre concrète qui le dépasse jette un pont entre l’humain et le divin.

Certains de ces signes sont probablement des signatures. Elles démontrent une fois de plus que nous sommes dans un monde d’initiés. En effet, seuls certains Frères sont capables de les reconnaître et peuvent ainsi identifier l’auteur du travail. L’humilité reste de rigueur malgré tout, puisque l’anonymat est la règle par rapport au grand public, même si elle est en quelque sorte compensée par la reconnaissance des pairs.

La compréhension du sens symbolique des signes constitue la dernière dimension du Secret que partagent les compagnons. Il est probable que cette compréhension soit à jamais perdue, avec la disparition des compagnonnages dont les signes formaient un langage codé, dévoilé et transmis dans la lignée. Il s’agit donc d’un langage ésotérique, autrement dit un langage dont aucune interprétation n’épuise jamais le sens.

On ne peut donc dire aujourd’hui avec certitude ce que ces figures et ces traces signifient. Les interprétations possibles sont multiples. En l’absence d’un texte de référence admis comme canonique, il faut se résoudre à des supputations. En soi, ceci n’est pas un problème puisque le but du symbole est plus l’ouverture de l'esprit à un sens non apparent que l’expression explicite d’un message précis. Il devait sans doute déjà en être ainsi à l’époque médiévale pour le peuple fréquentant les édifices religieux qui, lui non plus, n’avait pas accès aux clés d’interprétation transmises seulement entre compagnons.

En résumé, le Secret comprend trois ingrédients : les rituels, le cœur du savoir technique et le langage ésotérique de la symbolique. La culture professionnelle du compagnonnage comprend une dimension d’ésotérisme, non seulement dans la portée mystique qu’il veut donner à ses réalisations
matérielles et qui s’exprime par les figures symboliques ornant les ouvrages, mais aussi dans les pratiques sociales communautaires ritualisées [...].

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MessagePosté le: Sam 25 Oct - 11:20 (2008)    Sujet du message: Publicité

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